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19 avril 2006

Air France:Ndjamena- Paris, 5 vols par semaine

Ndjamena- Paris, 5 vols par semaine
Les passagers d’air France (AF) à destination de N’djamena se réjouissent du nombre croissant de vols mis à leur disposition. De deux à trois vols par semaine il y a moins de cinq ans, la compagnie aérienne française en offre cinq aujourd’hui. Et les vols seraient quasi pleins dans les airbusrégulièrement affrétés sur ce tronçon, notamment A319 28C/51Y mercredi, jeudi, samedi et dimanche ainsi que le mardi les airbus A332 40C/179Y. L’exploitation du pétrole tchadien et la crise du Darfour seraient enregistrées parmi les principales raisons de la hausse du trafic aérien au Tchad.
Franchise bagage de 20 kilos : pas de «piece concept»
Si l’augmentation du nombre de vols est hautement appréciée par certains passagers réguliers, la désolation relative à la limite de poids donnant droit à une seule valise de 20 kilos ne cesse de fâcher les consommateurs à destination du pays des SAO, notamment les nationaux. Ces derniers sont parmi les rares clients de la multinationale française à ne pas bénéficier du «piece concept». Le «piece concept» serait la nouvelle formule que pratiquent certains transporteurs aériens donnant droit aux passagers de disposer de deux valises en soute, pesant tout au plus 23 ou 32 kilos chacune, selon qu’ils soient respectivement en classe économique (Cabine Tempo) ou en classe affaire (Cabine l’Espace).
Le Ministre d’État, Ministre des Infrastructures, Monsieur Adoum Younousmi, nous a confié ceci: «les raisons avancées par Air France par rapport à la franchise de bagages s’explique par le fait que la multinationale affrète des petits avions à destination de N’djamena, dont la capacité de soute est réduite. Aussi, les vols de N’djamena ne sont pas toujours remplis». «Pour compenser le manque à gagner du point de vue franchise de bagages, nous avons réussi à convaincre Air France à réduire les tarifs des billets N’djamena- Paris à 299 000 Fcfa s’étalant sur toute l’année 2006. D’autres discussions sont en cours pour améliorer la situation de nos contribuables» rajoute-t-il.
Situation de monopole
Au-delà de ces arguments difficiles à convaincre les passagers pour lequel l’augmentation du poids et du nombre de bagages semblent être une nécessité, la situation commerciale de monopole qu’Air France a héritée à la disparition de la défunte multinationale Air Afrique, lui donnerait l’occasion d’opérer en terrain conquis. Donc, elle semble ne pas se soucier des clients tchadiens qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont de choix que de se soumettre à ses caprices.
Cependant, aussi paradoxal que les arguments d’AF puissent paraître, il y a lieu de se poser les questions de savoir pourquoi augmente-t-elle ses vols lorsque ceux existants ne sont pas remplis? Pourquoi ne pas réduire à 3 vols et opter pour des avions plus gros afin de permettre aux consommateurs tchadiens, reconnus parmi les plus pauvres au monde, de bénéficier des mêmes privilèges que leurs confrères des autres pays de la CEMAC tels que le Cameroun, le Congo, le Gabon? Pourquoi faire payer 16 euros le kilo, pour tout excédent au départ de Paris, à des passagers qui n’ont droit qu’à une seule valise de 20 kilos? Loin d’être exhaustive, la liste des questions relatives à ce sujet est longue et mérite une action d’urgence de la part de Air France, afin que les consommateurs tchadiens ne demeurent pas victimes d’une discrimination commerciale.
Voyage N’djamena –Paris : un luxe incontestable
Tout calcul fait et ce, malgré la prétendue réduction du billet d’avion N’djamena-Paris à 300 000 francs CFA, les tchadiens payeraient deux fois plus cher leur voyage en France contrairement aux autres ressortissants de l’Afrique Centrale, hormis les passagers de Pointe-Noire au Congo, soumis aux mêmes sévices commerciales que les enfants de Toumai.
Pour mieux appréhender la situation, essayons de manipuler notre calculatrice : contre toute attente et selon les renseignements reçus d’un agent de la filiale tchadienne d’Air France, le billet d’avion N’djamena-Paris, incluant les taxes, revient à environ 400 000 francs CFA. Comparativement aux passagers d’autres pays bénéficiaires du «piece concept» leur donnant droit à 2 valises pour un total de 46 kilos, les tchadiens n’ont droit qu’à 20 kilos. Si, par exemple, de Paris, ils voudraient avoir 46 kilos au même titres que les passagers des autres pays, les 26 kilos à rajouter sur leur franchise passeraient sous forme d’excédent. Or, tout excédent coûte 16 euros le kilo. En multipliant les 16 euros par 26 kilos, l’on se retrouverait avec 416 euros d’excédent à payer soit 272 480 francs à rajouter sur le prix du billet, qui serait de 400 000 francs CFA. Ce qui revient à dire que, pour le même type de voyage, au nombre égal de bagaes et de kilos, le tchadien payerait 672 480 francs CFA. Ce montant est à son tour plus de 22 fois le SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) au Tchad. Donc, le voyage à Paris reste hors de portée au tchadien moyen. C’est un luxe, disons-le simplement?
Pourtant, Air France prétend vouloir contribuer au développement économique des pays pauvres comme le Tchad. Apparemment et surtout au sortir de ce calcul, on peut affirmer que le consommateur tchadien n’est pas aidé. Il serait plutôt lésé. Puisqu’il demeure pratiquement le seul en Afrique central à ne pas bénéficier de cette faveur commerciale.
Passagers tchadiens frustrés
En fin de compte, le nombre réduit de poids frustre les passagers tchadiens et autres expatriés à destination du Tchad, qui ne passent pas par quatre chemins pour exprimer leur désarroi. Si les touristes sont parmi les premiers à se plaindre de cette politique commerciale d’Air France, les commerçants et autres étudiants tchadiens se montrent, quant à eux, plus virulents. «Nous sommes perdants à tous les niveaux» s’exclame Geneviève, une jeune commerçante, détentrice d’une boutique de prêt-à-porter à N’djamena. « Le tarif du billet est exorbitant, la limite de poids de bagage à 20 kilos est insignifiante et les taxes douanières sont hors de portée. N’est-ce pas tout est fait pour que nous cessons de venir magasiner en France?».
Pourtant, Air France, qui exploite la ligne N’djamena- Paris depuis des décennies, devrait bien noter que les tchadiens, à l’instar des autres africains, sont des gros «transporteurs». «Imaginez, même pour aller passer le week-end à Massaguet, ville située à 80 kilomètres de N’djamena, je me retrouve avec plus de 30 kilos de bagages; alors que de N’djamena à Paris, pour un vol long courrier, dont le prix reste trop élevé pour un pauvre voyageur comme moi, on ne m’accorde que 20 kilos. C’est ridicule» exprime Allarabé, un fonctionnaire tchadien, l’air frustré.
«Pour acheminer mes bagages de Paris à N’djamena, l’on m’a demandé de payer 16 euros soit environ 10 500 francs CFA le kilo pour mes excédents de bagages. Ca devrait me coûter plus cher que la valeur de la marchandise contenue dans ma valise, composée essentiellement de cadeaux de mes parents et amis » témoignait Izadine, un jeune homme d’affaire tchadien. «Il a fallu que j’expédie mes affaires par fret en payant en moyenne 5 euros le kilos» poursuit-il.
Les aveux de ces passagers sont loin de montrer le mécontentement de la majorité d’entre eux vis-à-vis du problème plus haut évoqué, surtout lorsqu’ils se rendent compte qu’ils soient les seuls à être soumis à ce régime dans la sous région CEMAC.
De l’espoir dans l’air
Au delà des arguments d’Air France précédemment évoqués, les passagers attendent beaucoup des négociations entre le ministère des Infrastructures et la direction d’Air France à N’djamena, afin d’amener celle-ci à instituer une politique commerciale plus équitable aux passagers à destination de la capitale tchadienne.
Le Secrétaire Général de l’Association pour la Défense des Consommateurs, M. Daouda El Hadj, assure également les consommateurs tchadiens que son organisation s’attellera à ce que des mesures plus raisonnables soient prises à leur endroit afin de leur donner le service mérité. «Dieu fait bien les choses, la question de la franchise de bagage des passagers d’Air France à destination de N’djamena est à l’ordre du jour de nos discussions de ces derniers jours» m’a-t-il confié.
Cependant, l’espoir repose sur un éventuel accord entre Air France et la compagnie nationale Toumai Air Tchad visant à exploiter conjointement certains vols sur Paris au départ de N’djamena, étant donné que la compagnie nationale se penchera plus sur l’amélioration des conditions de voyage des consommateurs tchadiens, dont la franchise de bagage.
Quoiqu’on dise, Air France est aujourd’hui consciente de l’importance que constitue le marché tchadien dans la sous région afrique centrale. Ne devrait-elle pas comprendre la nécéssité de donner à la clientèle tchadienne, aujourdhui plus éveillée, les mêmes avantages que ses confrères africains? Il y va de la pérennité de sa suprématie aérienne dans le pays de Toumai.
Les passagers tchadiens sont-ils lésés?
Par Mandekor Datelbeye Ahmadai Article paru le 19 avril 2006 -1h50www.tchadeco.com